Par « vertical », cet article n’entend pas l’adaptation d’un logiciel ou progiciel à un secteur d’activité, mais bien une manière de produire un logiciel ou plutôt une solution logicielle complète. Une société verticalisée produit toute la solution ou presque, sans intégrer des « briques » de solution fournies par des tiers.
Par exemple : Nixdorf au début des années 1980 était une société intégrée verticalement, elle produisait toutes les composantes de ses produits, commençant par les boitiers de ses ordinateurs à partir de la tôle plate, passant par les unités centrales, les systèmes d’exploitation et de communication (même le microcode), jusqu’à son logiciel phare, COMET, un PGI pour PME avant l’heure. La société n’a pas survécu à la désarticulation de cette intégration verticale, qui n’était pas la cause unique de son déclin.
Le projet de baser la nouvelle génération de ses ordinateurs sur des puces MIPS, d’utiliser un système d’exploitation standard (UNIX), de réécrire COMET en utilisant des outils et des couches de logiciels indépendantes et standardisées n’a jamais vraiment abouti : trop de chantiers, trop peu de temps. En même temps, Nixdorf ne pouvait pas rester verticalement intégré. Il était impossible d’affronter la concurrence à tous les niveaux, concevoir des microprocesseurs compétitifs et un système d’exploitation à la hauteur de l’innovation tandis que le standard émergent était moins cher, maintenir les fonctions de son progiciel de gestion au pus haut niveau et offrir la meilleure interface utilisateur à ses clients non-informaticiens.
Depuis, l’industrie du logiciel s’est partiellement déverticalisée en créant des « strates » : les systèmes d’exploitation et de communication (eux-mêmes encore stratifiés), les bases de données, les serveurs d’applications, etc. Mais le monde des logiciels applicatifs est resté fortement verticalisé, l’intégration – surtout horizontale, mais aussi verticale – étant devenue une clé de sa réussite.
Cependant, les recettes et les vertus qui ont fait le succès des entreprises hier deviennent parfois le poison qui les fait péricliter demain.
Une autre industrie, plus mature que l’industrie du logiciel a montré la voie : l’automobile. Il y a des « constructeurs » de voitures et des « équipementiers ». Dans certains cas, le constructeur contribue pour moins de 50 % sur des parties qui constituent la voiture. Les équipementiers sont aujourd’hui responsables de « sous-systèmes » plutôt que de « pièces », de la conception jusqu’au montage à la chaîne d’assemblage. La coopération dans cette industrie est très complexe et demande un écosystème très élaboré, couvrant le codesign, la cofabrication et la cogestion de la maintenance. D’ailleurs, les pressions concurrentielles poussent ce système à évoluer en permanence.
Certains parallèles avec l’industrie du logiciel sont évidents, quelques différences également.
Les entreprises subissent une forte pression pour se transformer de structures en silos-matrices en structures « cellulaires » malléables et capables de s’adapter rapidement aux changements de leur marché. Elles doivent devenir plus « agiles », et nécessitent des systèmes d’informations qui soutiennent cette agilité.
Les architectures orientées services (SOA), par leur granularité et leur facilité de (re-) composer des ensembles, permettent aux entreprises de se doter de systèmes d’information suffisamment flexibles pour les accompagner dans le changement permanent.
En même temps, cette facilité de (re-) composition de solutions des SOA « catalysera » la maturation de l’industrie du logiciel vers une plus forte déverticalisation. Elle amènera ainsi cette industrie, depuis (trop ?) longtemps en « état de surfusion » par rapport à son modèle historique, à s’approcher du modèle adopté depuis longtemps par les industries plus matures, comme l’automobile.
Une des différences essentielles entre constructeurs d’automobiles et équipementiers tient dans la possession ou non d’un canal de distribution vers le client final1 et donc d’un accès direct aux clients communs. Les constructeurs possèdent le canal (et doivent le financer), alors que les équipementiers n’ont pas un accès direct aux clients communs (et n’en supportent pas directement les frais). Seconde différence : la possession de la « plate-forme de production ».
Un corollaire de la possession du canal est la responsabilité pour le produit assemblé face au client final, également une lourde tâche, périlleuse en cas de défaillance d’un équipementier. L’écosystème d’un constructeur doit donc être bâti avec le plus grand soin.
La déverticalisation de l’industrie du logiciel créera donc des « éditeurs constructeurs » et des « développeurs équipementiers ».
Même si le logiciel est « soft », et les exigences de conception sont moins drastiques que pour l’automobile ou d’autres industries lourdes, la distribution des rôles dans la nouvelle industrie du logiciel deviendra plus nette dans un proche avenir.
Les éditeurs de logiciel d’aujourd’hui, mais aussi leurs partenaires (revendeurs à valeur ajoutée, consultants et SSII), et les investisseurs doivent se poser ces questions :
Cet article ne se penchera pas sur le rôle des revendeurs, consultants et intégrateurs dans l’industrie du logiciel déverticalisée. Les DSI doivent observer, et en partie anticiper, l’évolution des acteurs et des écosystèmes pour faire les bons choix de fournisseurs et d’architecture de leur système d’information.
De prime abord, le rôle de l’éditeur-constructeur semble le plus « noble », celui qui offre la plus grande indépendance et la meilleure maîtrise de son destin. De plus, les sociétés de logiciel y sont déjà habituées.
Mais ce rôle a une lourde contrepartie : l’obligation de financer le marketing et la vente, et d’établir et maintenir un canal de distribution directe ou indirecte. Et il faut presque toujours financer ou pouvoir facturer l’intégration de son logiciel dans le système d’information hétéroclite du client, souvent dans l’infrastructure imposée par son ERP.
Une lourde charge pour les « petits éditeurs » d’aujourd’hui. Beaucoup investissent d’ailleurs fortement pour être intégrés dans le catalogue d’un éditeur leader comme SAP, Oracle, Microsoft, par ailleurs grands « consolidateurs » du marché. On pourrait en déduire que le nouvel ordre de l’industrie du logiciel est déjà en train de s’établir. Mais figurer dans la liste de prix d’un « grand » n’implique pas des rentrées d’argent « automatiques ». D’ailleurs, ceux qui sont vite partis aux Bahamas après avoir réussi à figurer dans une de ces précieuses listes, pour y couler des journées douces, ont dû revenir à la rame…
Où est le problème ? En fait, les éditeurs d’aujourd’hui ne sont pas encore des « constructeurs », et leurs équipes ne savent pas encore vendre un produit composé/assemblé. Pour eux, les « produits complémentaires » s’apparentent à un aveu d’échec, à une faille qu’il faut combler avec un pansement acheté ailleurs.
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![]() Hans-Josef Jeanrond, Analyste, Stratégies Logiciels Applicatifs, Environnement SAP, Culture et Objectifs d’entreprise Le Business & Information Technology (BIT) Group a été fondé par Bernard Dubs sur le paradigme de convergence Métiers / IT à l’origine de la création du Meta Group en 1989 (« Gartner + Ernst&Young »). Sur le plan international,il occupe de fait la place laissée vacante par le Meta Group, auquel Bernard Dubs a collaboré de 1995 à 1998. Sa mission est (1) d’accompagner les Comités Exécutifs dans leurs actions de transformation continue faisant levier des TIC pour une croissance profitable et durable basée sur la différenciation et l’innovation; (2) de faciliter les dialogues entre les organisations et les offreurs IT&T. |



