Le logiciel libre est une approche de rupture sur le marché des technologies de l’information et donne lieu à des interprétations divergentes, parfois partisanes et contradictoires, selon les acteurs que l’on consulte. Fort de son expérience sur le marché, PAC, société européenne de conseil et d’analyse marketing spécialisée dans les technologies de l’information, se propose de donner l’éclairage le plus impartial possible sur le logiciel libre en France, par-delà les mythes, pour mieux comprendre les réalités de cette approche. Nous essaierons donc à travers la démarche de PAC, de cerner les besoins, les enjeux et les problématiques du logiciel libre, d’évaluer l’offre et la stratégie des SSII et des éditeurs et enfin de comprendre les évolutions futures du marché.
Les logiciels libres sont originellement des variantes de projets de développement spécifique et collaboratif utilisant les possibilités de l’Internet pour créer des communautés plus ou moins organisées.
Ces communautés ont pour but de développer des logiciels qui seront des biens publics. Très liées à la recherche, elles ont favorisé l’avènement d’avancées informatiques majeures telles qu’Unix, Internet ou dernièrement Linux. Définir le logiciel libre relève du challenge vu la diversité de ce domaine où la sémantique se noie dans des abus de langage influencés par le marketing.

Donc le code n’appartient à personne, il est libre ; ce qui ne veut pas dire gratuit et le développement communautaire est primordial pour le modèle.
Ce modèle à l’état brut n’est pas facilement compatible avec l’informatique en entreprise, ni avec les lois du marché. Peu d’entreprises utilisent exclusivement le logiciel libre et nombre d’entre elles n’en respectent pas scrupuleusement les principes. Ce modèle a donc été adapté pour délivrer de la valeur aux entreprises, mais est ainsi devenu moins « libre » à mesure qu’il s’est rapproché des logiciels non « libres ».
Avant de lancer le débat entre logiciel « libre » ou « non libres », mieux vaut aborder une nouvelle phase de l’histoire des logiciels et services informatiques. Cette étape incarne une révolution industrielle qui se développe autour de la baisse tendancielle des prix et un marché de plus en plus axé sur le volume, l’intégration de méthodes de production issues d’autres industries, l’amplification de l’ouverture des systèmes d’information autour de standards non propriétaires, l’accroissement du développement logiciel collaboratif, et la globalisation du marché et enfin par un regain de compétition sur des marchés qui « s’oligopolisaient » autour de quelques acteurs et de standards propriétaires.
Les projets à forte composante libre se divisent en deux catégories assez éloignées : les projets hautement spécifiques et les projets banalisés.
Les projets hautement spécifiques sont des projets à très forte valeur ajoutée et très spécifiques où le logiciel amène une très forte différentiation. Plutôt que de commencer de zéro, le logiciel libre permet d’embarquer de nombreux logiciels de base que l’on peut adapter complètement aux besoins métiers, en particulier pour les environnements les plus critiques et les plus demandeurs de performance. Depuis longtemps d’ailleurs, l’informatique embarquée fait appel au logiciel libre pour construire ses solutions. Ainsi, les sonars de la marine nationale française sont basés sur Red Hat et un des systèmes média de l’A380 d’Airbus est basé sur Suse Linux de Novell. Le logiciel libre permet aussi de délivrer ces projets du carcan des mises à jour des éditeurs, voire de la disparition de ces mêmes éditeurs. C’est particulièrement intéressant pour les systèmes embarqués dans le nucléaire, où l’on s’engage sur des maintenances de 50 ans !
L’autre partie, la plus médiatique et la plus connue, concerne les projets qui font appel à du logiciel banalisé. Ces projets peuvent aussi êtres éminemment critiques, comme un serveur d’application web pour un site e-business pendant les fêtes de fin d’année, mais ils reposent beaucoup plus sur des logiciels standardisés.
C’est un marché de volume fortement industrialisé à faibles marges avec des logiciels qui attaquent plutôt le marché par le bas et par les coûts. Nous rangeons dans cette catégorie la plupart des projets libres autour de logiciels comme Linux, Open Office ou Tomcat. Le logiciel libre démocratise fortement les technologies concernées, mais il est aussi un formidable aiguillon pour la compétition.
Pour les entreprises, toute nouvelle technologie, comme Linux ou Eclipse ou toute nouvelle approche, comme le logiciel libre, est génératrice d’enjeux et de problématiques.
Un investissement comme un autre
Les enjeux sont simples à formuler, ce sont ceux de n’importe quel investissement technologique : Pourquoi choisir le logiciel libre ? Pour quelles utilisations et sur quelles technologies ? Pour quels coûts ? Avec quels risques ? Avec quels impacts sur mon système d’information et sur mon entreprise ?
Et finalement, le plus important : quels avantages métiers et compétitifs va en retirer mon entreprise ?
Un investissement qui reste spécifique
La principale problématique doit concerner le retour sur investissement escompté (financier et non financier). Par la spécificité de son modèle, le logiciel libre nécessite aussi une approche différente, plus centrée sur les conséquences qu’induit la spécificité du modèle du logiciel libre.
Avant de faire ce choix, l’entreprise doit peser les avantages et les désavantages du logiciel libre.
Les avantages généralement cités du choix d’une solution en logiciel libre sont l’indépendance vis-à-vis des éditeurs, la liberté induite par l’ouverture du code : adaptabilité fine aux besoins de l’entreprise, flexibilité du logiciel, maintenance indépendante… et les bénéfices retirés du développement communautaire comme l’investissement partagé, l’externalisation de la R&D, la création de communautés d’intérêt, ou le coût fortement réduit, voire nul en licences.
Quant aux inconvénients les plus souvent cités d’une solution recourant au logiciel libre nous pouvons citer : des produits souvent moins élaborés (fiabilité, stabilité, administration, maintenance…), un coût généralement plus élevé autour des prestations de services (formation, expertise, installation, déploiement), le comportement ambigu de certains éditeurs dont les approches « libres » sont plus motivées par le marketing que par les besoins réels des clients (ce qui engendre la corruption du modèle), et la complexité d’évaluation du coût final de la solution.
D’autres points sont plus difficiles à évaluer comme la pérennité des produits, la fiabilité, le facteur temps, l’entropie autour des développements spécifiques, la sécurité ou les capacités de support. Ils dépendent le plus souvent des capacités de gestion de projet qui sont mises en oeuvre par l’utilisateur.
Comme toute technologie, le logiciel libre doit avant tout générer de la valeur pour l’entreprise.
Pour bien évaluer les enjeux et les problématiques induites par le logiciel libre, il convient en premier lieu de démystifier le concept du logiciel libre, de comprendre ses limites pour mieux l’utiliser. Nous allons voir que le logiciel libre s’inscrit dans une évolution technologique globale et qu’il est un stimulant incomparable pour la compétition au sein du marché des technologies de l’information.
Nous allons répertorier les principaux mythes et réalités du logiciel libre, les confronter aux faits et les évaluer par rapport au marché et aux enseignements tirés des vagues technologiques qui ont régulièrement secoué le marché de l’informatique par le passé.
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Mathieu POUJOL Consultant sénior chez Pierre Audoin Consultants
PAC est une société internationale de conseil et d’études de marché spécialisée dans le domaine du logiciel et des services informatiques. Sa mission essentielle est d’accompagner sur un plan stratégique le développement des principaux acteurs sur ces marchés : prestataires de logiciel et de services, utilisateurs d’informatique, investisseurs financiers. |



