Depuis quelques années les solutions open source renforcent leur présence dans les entreprises à tous les niveaux : logiciels internet, système d’exploitation, composants techniques (framework), ou encore progiciels (ERP, CRM…). Pourquoi et comment décide-t-on de diffuser son code en open source ?
Les décideurs perçoivent de plus en plus les avantages à l’utilisation de logiciels open source : disponibilité, fiabilité, évolutivité, indépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique, etc. Et le « phénomène open source » a pris plus d’ampleur en quatre ans, faisant parfois basculer des pans entiers des systèmes d’information vers les logiciels open source.
Au-delà des consommateurs de logiciels open source, qui sont les concepteurs de ces solutions (sociétés ou groupe de personnes) ?
On y retrouve diverses organisations : de grandes fondations mondialement reconnues, des sites Internet autour du langage de programmation Java, quelques sociétés qui éditent des logiciels avec une version open source et une version supportée, et des sociétés qui créent des structures afin de répondre à leurs besoins spécifiques via la diffusion de logiciels en mode open source.
Par « fondations », il faut entendre « sites communautaires qui ont une existence légale », comme les « foundations » aux États- Unis, les associations, les GIE, etc.
Toute fondation est née d’un ou plusieurs projets. Ainsi, la fondation Apache est issue du projet de serveur Internet apache en 1995. Et le site Web apache.org est apparu en 1999. À l’origine, l’équipe était composée de 8 personnes. Actuellement, la fondation est composée de centaines de membres et de presque autant de projets (plus ou moins actifs). Le site propose un mode de fonctionnement commun à tous les projets et un partage de valeurs autour de l’open source, basé une licence libre très tolérante.
Quelques sociétés fondent leurs activités autour de la diffusion avec support de logiciels de la fondation :
Mais, la fondation Apache vit surtout grâce à ses communautés qui sont composées de personnes physiques qui contribuent (sur leur temps libre ou dans le cadre professionnel) aux projets : contribution de code source (Committers en anglais), soumission d’anomalies, testeurs, etc. Apache dispose des communautés les plus actives et les plus développées dans le monde du langage de programmation Java.
Le projet Eclipse a été initié par la société IBM afin de doter la communauté Java d’un outil de développement intégré (IDE en anglais). Ceci visait à favoriser l’adoption de ce langage par ses clients et à augmenter la taille de la communauté Java. Toutefois, IBM disposait déjà du savoir-faire autour de son outil Visual Age qu’il déclinait pour permettre le développement dans plusieurs langages : Cobol, Java, etc.
L’objectif du projet Eclipse consiste à fournir un framework de développement pour l’industrie informatique dont l’outil de développement java intégré. Ensuite, cette plate-forme est partagée avec d’autres acteurs (y compris concurrents) pour rationaliser les coûts. Et, à leur tour les autres membres vont rejoindre le projet.
Pour comprendre la réussite de la fondation Eclipse, il suffit de constater la présence des plus grands acteurs informatiques parmi ses très nombreux membres.
La fondation Eclipse a stimulé la création d’outils autour du monde Java et au-delà, contribuant activement à la croissance du marché informatique. Sans Eclipse, les entreprises développeraient -sans aucun doute- bien moins en langage Java. Le portefeuille « propriétaire » d’IBM autour d’Eclipse est très riche, et contribue sensiblement à son chiffre d’affaires, en offrant des plug-ins (ajouts) qui facilitent la vie de ses clients.
L’intérêt d’une démarche open source ne se limite pas au partage de code, mais tient aussi dans le fait qu’elle pérennise aussi un outil ou un concept grâce à un groupe d’utilisateurs.
Ainsi, le site jboss.org offre tout l’outillage nécessaire autour de son serveur d’application JBoss. Et les projets de la communauté s’étendent des composants de développements (framework) aux les outils de développements (JBoss IDE est composé de plug-ins Eclipse !), en passant par des outils intelligents (drools ou JBoss ESB)…
La communauté JBoss est extrêmement variée et fournit tout ce dont une entreprise a besoin pour développer du logiciel. La société JBoss (comme sa maison mère RedHat) fait preuve d’un grand esprit communautaire : ses membres et leurs investissements font évoluer les projets. Et la société JBoss emploie uniquement le chef de projet (projet leader) et quelques développeurs qui assurent le support des versions commerciales.
Pourquoi des sociétés sont-elles prêtes à payer des abonnements de maintenance et de support (du service et non des licences) ? Parce que cela leur permet d’obtenir en priorité de l’assistance pendant une durée importante (de 5 à 10 ans). Essentiel lorsque l’on sait que dans la version « communautaire », seule la dernière version est maintenue. Cela oblige quasiment les utilisateurs à adopter nécessairement la dernière version, même s’ils n’en ressentent pas le besoin.
De nombreuses personnes participent à ces projets sous forme de code source, tests, documentations… sans pour autant faire partie de la société Jboss/RedHat.
Le site communautaire ressemble beaucoup à la fondation apache. D’origine européenne, cette fusion des sites Objectweb et Orientware a pour objectif de fournir tous les outils de développement, et les briques de middleware (serveur d’application) au monde Java : un serveur d’application (Jonas), un ESB (Petals), des outils de processus métiers (Bonita), des outils de reportings (SpagoBI) etc.
Quelques sociétés comme Bonitasoft ou Petals link se développent rapidement, démontrant la validité économique du modèle open source, y compris dans l’Hexagone.
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![]() Nicolas Héron, |



