Depuis plusieurs années les jeux concurrentiels dans un cadre globalisé poussent les entreprises à de profondes mutations. Le contexte économique actuel perturbé par la crise renforce de façon cruciale cette nécessité de transformation.
L’enjeu est maintenant d’inscrire la transformation comme activité permanente de l’entreprise. Celles qui maitrisent la dynamique et la capacité de transformation bénéficient d’un avantage clé.
Pour y parvenir, il faut donner corps à la stratégie par des projets business concrets, mettre en place des nouvelles organisations, faire évoluer les processus, fournir les ressources informatiques adaptées, mobiliser les acteurs sur le projet de transformation, et maitriser les coûts et les délais. Un contexte dans lequel la capacité de pilotage de la transformation devient capitale.
L’Enterprise Architecture [EA] permet de piloter globalement la « transformation permanente » :
l’EA procure l’ensemble des points de vue sur la transformation, du métier (processus, organisation) à « l’outil informatique ».
l’EA fournit une cible, une analyse des écarts et une feuille de route (roadmap) pour la migration. Ainsi, elle décrit comment l’entreprise fonctionne et comment elle va se transformer.
C’est un processus dynamique et itératif qui facilite la communication et la synergie entre les acteurs de l’entreprise.
L’EA est apparue dans la fin des années 80, grâce à John Zachman qui lui donne un cadre fondateur avec le framework qui porte son nom.
Le framework de Zachman permet d’identifier et de structurer les différents concepts, appelés «artefacts», constituant les briques utilisées pour réaliser les modélisations décrivant l’entreprise.
Notamment, il organise les artefacts : d’une part, selon les problématiques (quoi, comment, où, qui, quand, pourquoi) ; d’autre part, en niveaux correspondant aux différentes visions sur l’entreprise (stratégiques, métiers, techniques).
De nombreux acteurs, tant dans les pays anglo-saxons qu’en France, vont développer dans les années 90 et 2000 des démarches et pratiques d’EA. Cet outil originellement centré sur la fonction informatique évolue alors vers un outil d’alignement de l’informatique sur le métier. Parmi les initiatives majeures :
Aux États-Unis, le CIO Council, réunissant les responsables informatiques des Agences fédérales, développe en 1998 le FEAF, Federal Enterprise Architecture Framework. Le FEAF décrit un cadre d’EA standard pour les agences gouvernementales. Les agences, en s’appuyant sur le FEAF , doivent définir et maintenir une Enterprise IT Architecture leur permettant de maîtriser le passage de l’existant (As Is), à l’architecture cible (To Be).
C’est aussi en 1998 que « The Open Group » crée TOGAF, The Open Group Architecture Framework, à partir des travaux réalisés sur TAFIM (Technical Architecture Framework for Information Management) par le Département de la Défense du gouvernement américain (début 2009, TOGAF passe en version 9).
En France émergent à cette période les approches d’urbanisation du SI, dans les entreprises pour lesquelles l’informatique se trouve au coeur du métier (banques, secteur des télécommunications…). Les démarches d’urbanisation du SI se sont depuis mises en place dans plusieurs grandes entreprises françaises. L’urbanisation du SI se caractérise par une approche qui met fortement l’accent sur :
- la vision fonctionnelle du SI, comme une couche à part entière faisant le lien entre la vision processus métier et la vision applicative,
- la définition du processus d’urbanisation organisant les travaux d’urbanisation comme un processus intégré d’ensemble : des plans d’urbanisme à l’accompagnement des projets, en incluant les cartographies (processus, SI, technique),
- l’agilité par un ajustement de l’équilibre entre cohérences transversales pour l’entreprise et subsidiarité laissant de l’autonomie « en local » et par la modularité des architectures.
Il existe donc plusieurs démarches d’EA, qu’elles soient portées par une norme ou une pratique publique, ou bien définies de façon spécifique au sein de l’entreprise.
Malgré la diversité, on retrouve des composantes clés dans toute démarche d’EA :
un langage commun permettant de décrire l’entreprise globalement, du métier à l’outil informatique : un framework global structurant les différentes visions d’architecture de l’entreprise par niveau : de la vision métier aux visions informatique et technologique,
des modèles d’architecture décrivant et structurant l’existant, la cible et les étapes intermédiaires de la transformation, qu’il s’agisse d’éléments d’architecture « métier » (organisations, processus, fonctions et services métiers, informations…) ou d’éléments d’architecture informatique (applications, données, composants techniques…),
des standards et des règles pour faciliter l’interopérabilité, la réutilisation ou la mutualisation lors des transformations,
un dispositif de gouvernance pour piloter la transformation,
des outils de diffusion et de partage de la connaissance auprès de tous les acteurs de la transformation.
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Michel Dardet, Directeur associé Muriel Boizard, Manager
Ils sont en charge de l’activité « Urbanisation des SI / Enterprise Architecture ». |



