Les projets de système d’information ne sont plus, à présent, des projets « pionniers », ils viennent en général se substituer à un système existant, ou interagir avec le reste du patrimoine SI. Au-delà des aspects techniques et par les changements induits, ils ont aussi un impact sur les utilisateurs, les clients et autres parties prenantes.
Dès lors, la migration se déroule à la mise en place du projet, comme étape obligée, parfois longue et coûteuse, souvent risquée et source d’incidents ou d’échec pour le projet lui-même.
Cette question est peu traitée dans la littérature particulièrement absente sur ce sujet, bien que les retours d’expérience soient souvent exemplaires des errements ou des succès.
Vu l’ampleur du propos et des développements nécessaires, deux articles successifs traiteront le sujet :
L’approche ainsi présentée est totalement dédiée à la problématique de la migration et ne relève d’aucun autre courant de pensée, mis à part les préceptes de l’urbanisme « à la française » qui préconisent, dans un cadre plus global, la déformation continue et sans rupture du patrimoine SI.
Tout projet de système d’information doit en pratique organiser le passage d’une situation « existante » à une « cible ». Même si cette cible n’est pas totalement définie a priori, et si des degrés de liberté sont laissés pour l’adapter progressivement, on ne peut se laisser guider par l’opportunisme tout au long du cheminement vers la cible. La migration ne doit pas laisser de place à l’improvisation.
En effet, les projets complexes sont parsemés de choix explicites, ou sournoisement implicites, souvent –hélas- sans retour. Remettre en cause un de ces choix entraine généralement des répercussions incommensurables : surcoûts, dérapage des délais, impact d’image, voire impasse technique inavouable. Ceci renforce donc la nécessité des spécifications et de l’ingénierie des exigences.
Cependant, au-delà des théories sur ces exigences, des méthodes de modélisation, des techniques de développement et d’intégration, la migration reste l’exercice de toutes les vérités. Car le succès de la migration ne réside pas seulement dans l’élégance du modèle cible, l’agilité du cheminement, la prévention de la conduite du changement, l’efficacité des tests, le professionnalisme de la gestion de projet, la stratégie de bascule des données, la clairvoyance de la gouvernance… Elle procède de tout cela et il y a dans toutes ces perfections autant de sources potentielles de dysfonctionnement ou de blocage sans que l’une prédomine dans tous les cas de figure.
La migration réunit, en quelques scènes, la dramaturgie de la complexité :
Ces deux complexités et ces deux certitudes se confrontent lors de la migration. Entre l’existant et la cible, le potentiel des cheminements est immense, et les pièges multiples. Seuls certains de ces chemins minimisent les risques d’échec ou de dérapage. Seuls certains aboutissent sans encombre, ni déception.
La problématique de la migration est celle d’un écosystème vivant, qui évolue et se confronte aux erreurs des docteurs es systèmes d’informations, aux rêves des maîtres d’oeuvre comme aux exigences des maîtres d’ouvrage.
Car chaque discipline répond à des enjeux bien caractérisés : la qualité des spécifications, l’urbanisme d’insertion de la cible, les performances de l’architecture technique, l’agilité des développements, l’appropriation par les utilisateurs… et naturellement chaque discipline considère la migration comme étant, de son point de vue, un sujet de second ordre.
Pourtant les réponses à chacun de ces enjeux seront visibles dès la migration. Et surtout, leur cohérence sera soumise à rude épreuve. Ainsi, les concours de circonstances prétendument malheureux et pourtant prévisibles seront au rendez-vous pour révéler clairement les conflits d’objectif et de priorité. Occasion de toutes les maladresses, la migration met en exergue les incompréhensions entre les différentes disciplines et acteurs du projet.
Trop souvent les maîtres d’ouvrage, peu enclins à saisir les multiples dimensions du futur système, et se reposant en particulier sur la maîtrise d’oeuvre pour le volet technique et son cadencement, ne parviennent pas à imposer les priorités et finalités du projet, qui ne sont pas techniques. La migration fonctionne alors à rebours (la charrue tirant les boeufs), les impératifs techniques imposant leurs fausses prérogatives.
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René Mandel, Acteur majeur du conseil en management et organisation, ORESYS est un cabinet indépendant de 250 consultants, basé à Paris, Lyon, Lille, Nantes et à Bruxelles, Lausanne. |



