Lancé voici bientôt vingt ans, le concept ERP est aujourd’hui mis à mal. Répond-il encore au spectre amplifié des demandes des utilisateurs ? L’évolution des systèmes de cette première décennie du XXIe siècle se voit prise en triple tenaille. En effet, l’avancée des technologies de l’information et des communications s’accélère, tandis que les entreprises peaufinent constamment ou révisent en profondeur leurs Business Models, et que les modifications irréversibles des usages professionnels rendent caduques les postulats communément acceptés sur « l’utilisabilité » des SI.
La taille des chantiers ERP qui, pour beaucoup, n’ont pu aboutir qu’au prix de forts dérapages budgétaires et calendaires, a dérouté nombre d’entreprises. Leurs besoins croissants de réactivité ne pourront être satisfaits par la mise en oeuvre de ces solutions. Par ailleurs, le concept de base même, rigide malgré des possibilités de paramétrage tend à aliéner les processus de gestion de l’entreprise aux uniques possibilités fonctionnelles des modules d’un ERP. En, outre, il ne permet pas de réponses rapides à l’adoption de processus inédits, rendue impérative par la nécessité de mettre en oeuvre des modèles économiques novateurs.
Ainsi, des développements d’applications Web à façon répondent-ils mieux aux besoins des activités (LOB ou line of business) à la condition qu’ils s’insèrent dans une architecture de services, de préférence soutenue par un ERP. Par ailleurs, les progrès technologiques accompagnés de nouveaux modèles de vente de droits d’utilisation permettent désormais aux communautés « Open Source » de proposer des applications ERP. Le Business Model SaaS offre aux utilisateurs un accès en mode abonnement. Quant au Cloud Computing, il réduit au maximum l’investissement en logiciel et matériel, en offrant des disponibilités et des puissances de traitement à la demande. Mais le changement majeur reste l’intégration de l’écosystème de l’entreprise à son processus de fourniture de produits et services. L’ERP doit pouvoir rapidement s’adresser à « l’Entreprise Étendue ». Cette évolution primordiale nous conduira progressivement à l’EERM (ERP étendu).
L’ère des ERP est-elle en train de s’achever, telle celle des énormes dinosaures dont le gigantisme ne leur a pas permis de survivre aux évolutions des écosystèmes (au sens systèmes écologiques) de notre planète ? En fait, les entreprises doivent faire face à de nouveaux challenges : celui de processus collaboratifs allant au-delà des workflows et groupwares pour de véritable co-inception, coconception et coopération ; celui de la primauté de la gouvernance du Business Model de son coeur d’activité ; et enfin, celui de l’importance des Master Data en tant que valeurs immatérielles - voire capital immatériel - de l’entreprise.
Or, pour faire face à ces challenges, les ERP de facture classique ne disposent ni de l’agilité fonctionnelle ni de l’ouverture aux nouveaux modèles économiques. Enfin, le grand enjeu de la participation active de l’écosystème de l’entreprise (au sens de système économique) à son Business Model rend encore plus sensibles les aspects budgétaires. Pourtant, il faudra toujours pouvoir disposer à la fois des ressources et de la puissance de traitement nécessairement amplifiées par l’extension de fait à l’écosystème. Les avancées technologiques du Cloud Computing offriront ces opportunités en mode « on-demand ».
Aujourd’hui les notions de travail collaboratif et de groupe ne recouvrent plus seulement les workflows et groupwares abondamment déclinés depuis bientôt plus d’un quart de siècle. Dans le monde professionnel, la démarche actuelle pousse dans le sens de la participation active des collaborateurs d’une même entreprise à la réalisation commune d’un projet, d’un dossier, etc. C’est la conséquence des usages acquis du Web 2.0, s’appuyant sur l’utilisation de divers outils, tels que la bureautique de groupe, les Wikis, Blogs et autres que nous pouvons positionner dans un espace 3D défini par trois axes :
Ces possibilités nouvelles ne pourront rester dissociées des processus métiers dont l’efficacité dépend largement de la faculté à y injecter des aspects collaboratifs ! Par ailleurs, c’est à partir d’une approche Web 2.0 que les entreprises pourront intégrer un outil puissant de recherche, susceptible de couvrir des domaines internes et externes à l’entreprise. Ces derniers étant indispensables, car ils sont liés à la participation active de l’écosystème au Business Model. Mais aussi le traitement d’une sémantique embarquée - par exemple, des Business Rules (Règles Métiers) - dans les flux échangés entre systèmes (les règles pouvant être codifiées en XML au sein d’un flux HTTP ou HTTPS). Enfin, le Web 2.0 permettra également un accès sécurisé et performant de certaines applications aux partenaires de l’écosystème en mode Web.
Les activités des entreprises sont de plus en plus dépendantes du contexte économique global. Les crises majeures ont tendance à se multiplier. Entre chocs pétroliers successifs, implosion de bulle Internet, délocalisations massives, mondialisation, crise majeure des « subprimes », et autres, ces dix dernières années ont été les témoins d’un grand nombre de bouleversements. Seules les entreprises qui ont su adapter leur Business Model aux nouvelles conjonctures ont pu traverser ces périodes troublées. À l’image des MRP (Manufacturing Resource Planning, ou progiciel de planification et de production) dont les modules sont bâtis sur des méthodologies de production - par exemple en flux continus ou en flux tendu ou encore par projet - les ERP doivent s’appuyer sur des modèles de processus qui constituent les méthodologies de fourniture des services et produits, sous-tendant la conception des modules ERP . Or, ces derniers, partie intégrante du Business Model, peuvent être profondément modifiés pour faire face aux bouleversements du contexte économique. Corrélativement, l’outil informatique doit être le plus souple et le plus agile possible pour accompagner ces changements.
La proposition autrefois séduisante de contraindre - de la rigidité pure et simple au paramétrage - les processus d’entreprise à des modules fonctionnels précodés ne confère plus à une entreprise la réactivité nécessaire ! Certes, pour ses besoins les plus standards, par exemple de comptabilité ou de CRM, l’approche progicielle restera la plus efficace bien que l’enjeu essentiel reste le modèle de commercialisation assurant le meilleur TCO (coût total de possession) pour les entreprises.
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Jean Louis Lequeux, Consultant Architecte Système Application et Sécurité Jean Louis Lequeux est Architecte en Système d’Information chez Atos Origin. Il est l’auteur de « Manager avec les ERP, Architecture Orientée Services (SOA) », 3ème édition, paru aux Éditions d’Organisation en mars 2008. Dès la 1ère édition de son ouvrage (Manager avec les ERP et Internet), l’auteur avait perçu et analysé les enjeux de l’Internet dans une approche structurée sur un progiciel de gestion intégré pour l’entreprise. Cet ouvrage de référence, illustré de très nombreux exemples, présente une méthodologie de spécification des besoins ERP ainsi qu’une approche architecturale fondée sur la SOA. Cette dernière sera indispensable pour permettre les prochaines évolutions vers le Cloud Computing et qui concerneront aussi les ERP. Ce refondement ira de pair avec le besoin qu’ont dès aujourd’hui les entreprises d’intégrer leur écosystème dans un Business Model en constant remodelage, au gré des fluctuations, voire des crises que connait une économie désormais globale et mondialisée. |



