Contrairement à la précédente crise de 2001, liée au surinvestissement en technologie de l’information, la crise actuelle prend ses racines dans des domaines différents engendrant des conséquences diverses. En effet, la récession actuelle n’affecte pas de manière uniforme les principaux pays européens. Son impact varie en fonction de leur exposition au secteur immobilier et à la finance et, dans une moindre mesure, à certains secteurs industriels comme l’automobile ou leur dépendance aux exportations de certaines matières premières, comme les hydrocarbures.
Un passage en revue de la situation dans les 3 principaux pays de l’Union européenne (le Royaume uni, l’Allemagne et la France) amène à constater des éléments et facteurs communs. Ces trois pays représentent plus de 50 % de la dépense informatique européenne. Et bien que leurs situations soient différentes, elles présentent plusieurs similitudes concernant leurs dépenses informatiques en temps de crise.
Le Royaume-Uni : prix serrés et budgets repoussés
Pour les entreprises utilisatrices, la situation des investissements informatiques s’avère très difficile, avec des restrictions fortes :
- blocages de budgets avec des budgets discrétionnaires qui ne reviendront probablement pas avant 2010, les dépenses informatiques devraient diminuer de 2 % ;
- RSI (Retour Sur Investissement) à court terme et un focus de nouvelles missions d’externalisation doivent générer des économies d’échelle en 2009 ;
- une attention toute particulière quant à la solidité financière du fournisseur.
Certains sujets se maintiennent néanmoins en phase d’investissement : la virtualisation, le stockage, la Business Intelligence, le SaaS…
Logiquement, les prestataires de services et les éditeurs informatiques souffrent du manque de visibilité sur les signatures attendues pour la seconde moitié 2009, même si la demande sous-jacente de nouvelles missions d’externalisation semble solide. La pression sur les prix persiste, avec des fournisseurs qui acceptent d’offrir des réductions lorsqu’ils ont encore des marges de manoeuvre à ce niveau (plus d’offshore, plus d’automatisation).
La fin du RSI ? C’est une autre question importante, car on a vu quelques RSI partir sans être remplacés. Leurs rôles, seront-ils définitivement éliminés ? Le Royaume-Uni ayant poussé très loin la logique d’externalisation, les métiers peuvent vouloir travailler directement avec leurs fournisseurs de technologie.
Les relations commerciales évoluent entre les deux parties. Ainsi, l’assistance technique est en pleine mutation et les contrats s’orientent très largement vers des prix fixes et des prestations au forfait. Les clients explorent aussi de plus en plus des modèles de facturation basés sur la valeur et sur les résultats métiers, mais le conservatisme prévaut encore dans la prise de décision finale. En revanche, les clients sont de plus en plus disposés à s’engager dans de grands contrats d’externalisation avec des fournisseurs exclusifs - cela permet de plus grandes économies d’échelle et une certaine tranquillité.
Les principales affaires signées
Contrats-clés de prestation de services informatiques au Royaume-Uni au premier semestre 2009

L’effet de la récession mondiale par pays

La demande en prestation offshore est de mise pour la plupart des nouveaux contrats au Royaume- Uni. Certains clients sont disposés à s’engager dans de plus grandes durées contractuelles afin de diffuser les coûts du projet sur le plus long terme possible. De même, le financement du vendeur est une option attractive pour beaucoup de clients, ce qui favorise les grands fournisseurs.
Quels sont les marchés verticaux les plus dynamiques ?
- Le secteur public : le récent plan de relance va générer un nouvel élan dans toutes les composantes de l’administration.
- Les services publics avec des programmes majeurs de modernisation de l’infrastructure en cours : infrastructures de transports, énergie, assainissement…
Quelles sont les industries affectées ?
Les dépenses informatiques sont faibles dans la vente au détail : baisse d’activité dans un secteur fragile - à part quelques grands projets transformationnels chez M&S et Morrisons. Les différentes composantes de la City ont mis en veilleuse beaucoup de projets et le reste de l’industrie financière reste au mieux, atone.
British Airways réduit ses investissements informatiques au strict minimum.
Quels services horizontaux se vendent bien ?
- Datacenter: la demande pour encore de l’espace est accentuée par la réduction de la disponibilité conjuguée à l’accroissement de la demande.
- TMA: l’activité solide et croissante dans le TMA, couvrant la gestion/l’hébergement, ensuite des services de test et de recette autonomes sur SAP et Microsoft Dynamics.
Quelles offres sont les plus affectées ?
- Ventes de progiciels applicatifs.
- Les services associés, car les nouvelles ventes de licences de logiciel ayant été interrompues, cela affecte fortement les projets traditionnels d’assistance à maîtrise d’oeuvre de PGI ou du CRM.
En Allemagne : quand l’auto va mal, tout flanche…
Comme au Royaume-Uni, de nombreux secteurs souffrent de la crise. Les industries automobile et de la construction mécanique, qui caractérisent le marché allemand, dépendent fortement des exportations et sont donc les plus affectées. Cette baisse des exportations engendre des effets systémiques qui atteignent toute la chaîne de sous-traitance. Les premiers signes de reprise apparaissent, mais une grande incertitude règne, et la baisse des ventes se poursuit dans la plupart des secteurs, combinée avec l’augmentation du chômage.
Seule certitude pour l’informatique : des mesures d’économies avec des investissements et des projets réexaminés, annulés ou différés. Au total, baisse de 2 % des dépenses informatiques totales en 2009 - avec sur certains secteurs jusqu’à 4 % de baisse. Seule l’infogérance continue de progresser (un peu) et les délocalisations aussi, même s’il y a toujours un verrou culturel en Allemagne à ce sujet.
Pour les fournisseurs de technologie, la situation se durcit, en particulier pour les distributeurs et les éditeurs de logiciel. Sur son propre marché, SAP fait face à une diminution conséquente de ses ventes.
Tous les projets sont réévalués et les dépenses courantes comprimées, tandis que les nouveaux projets ont été ajournés s’ils ne sont pas critiques. Cependant, certaines zones d’investissement, comme l’optimisation dans les chaînes de production et de logistique industrielle, ou la SEPA (Single Euro Payments Area ou Espace unique de paiement en euros) devraient générer des investissements informatiques conséquents.
Courants d’affaires
Contrats clefs de prestation de services informatiques en Allemagne en H1 2009

Quels sont les marchés verticaux les plus dynamiques pour investir ?
L’administration et les services publics sont les plus stables :
- Moins cycliques que d’autres secteurs avec peu de concurrents,
- Ces secteurs sont obligés d’investir en informatique, en particulier d’adopter diverses directives de l’UE,
- Le gouvernement a lancé l’initiative de support au cycle économique par plus d’investissements en informatique.
Mais ces deux secteurs investissent traditionnellement moins en services externes, et (à la différence du Royaume-Uni) sont assez réticents envers l’externalisation.
Quelles industries sont affectées ?
L’automobile et la fabrication mécanique sont les plus touchées, à cause d’une baisse massive des ventes. En dépit de quelques aides de l’État, c’est un secteur dangereux pour les vendeurs informatiques dans les mois à venir !
Les banques, qui sont en plein marasme, voient leurs budgets informatiques se stabiliser. L’aide de l’État fédéral a permis d’améliorer la situation du secteur et certains investissements, comme la mise en conformité réglementaire, restent nécessaires.
La France s’en sort plutôt mieux
Pour les entreprises utilisatrices de technologie, en particulier les multinationales, le sentiment est que la France n’est pas aussi sévèrement affectée que d’autres pays européens. C’est un sentiment partagé par bon nombre d’éditeurs et de prestataires de services informatiques. Mais le marché reste difficile. Les résultats du premier semestre montrent un brusque ralentissement dans les dépenses sur logiciels et services informatiques face à Q4 2008, où les utilisateurs avaient dépensé toutes leurs queux de budgets.
Il y a encore peu d’annulations, mais surtout des retards. Il n’y a donc pas d’arrêt brutal dans la dépense pour des services informatiques. En règle générale, la dépense pour des services informatiques et les logiciels devrait baisser de 1 % en 2009.
Les clients s’attendent à ce que les fournisseurs les aident avec leurs difficultés courantes pour en améliorer l’efficience pour en réduire les coûts ! La crise est le moment propice au changement, car elle sert de catalyseur à l’avènement de nouvelles pratiques :
- Des forfaits flexibles,
- Une plus grande mise en concurrence de tous les fournisseurs,
- Une manière différente de délivrer du logiciel : logiciel libre, SaaS, Offshore, méthodes agiles…
- Des contrats de licence revisités avec des paiements qui suivent la courbe d’amortissement…
- Industrialisation et référencement.
Pour les acteurs sur le marché de services, face à une baisse concomitante des volumes et des prix, les problèmes de trésorerie se font pressants pour les petites structures et ils se sont accentués à la fin du semestre. Les services de conseil informatique enregistrent une baisse abrupte de la demande, avec une nouvelle approche de la mission de conseil. Les contrats à prix fixes sont « flexibilisés ».
La demande en progiciels est très faible, comme en témoigne le prochain plan social d’Oracle. En revanche, les investissements ne se sont pas taris sur le développement spécifique, qui est plus vu comme source de différenciation (permettant souvent de préserver ses équipes internes…). Cela montre aussi que les décideurs informatiques pensent certes que leur plus gros challenge est la baisse des coûts - 58 % selon une enquête PAC de février 2009 auprès de 500 RSI-, mais qu’il faut aussi se préparer à l’après-crise. Même si les pressions sur les prix subsistent, l’infogérance, la TMA, le test et la tierce recette résistent plutôt bien. L’offshore est en pleine explosion en France, poursuivant ainsi une tendance amorcée avant la crise.
Contrats clefs de prestation de services informatiques en France en H1 2009

Quels sont les marchés verticaux les plus dynamiques pour investir ?
Comme dans la plupart des pays, le terme public est porteur :
- Secteur public avec de grands projets, même si comparativement aux autres pays le plan de stimulation direct est très limité.
- Services publics, avec des grosses vagues d’investissement en cours en particulier dans l’énergie.
- Dans une moindre mesure, le transport avec la fin des grands contrats pour 2009.
Quelles industries sont affectées ?
- La vente au détail,
- La banque,
- L’automobile, avec de fortes ré-internalisations,
- Les télécommunications - croissance du volume, mais très forte pression sur les prix ainsi qu’une industrialisation forcée.
Quels services horizontaux se vendent bien ?
- Services liés à l’infrastructure et à l’optimisation : virtualisation, consolidation, RIM…
- Services liés aux applications : recettes, TMA, SOA, BI…
Quelles zones sont affectées ?
- Conseil informatique « autonome »
- Investissements matériels
- ERP
Conclusion : le secteur public fait de la résistance
Ces trois marchés phares donnent une bonne idée de la situation des dépenses européennes en logiciel et services. Tous les marchés sont affectés, même si la France semble moins touchée. L’impact de la crise est fortement corrélé avec la structure sectorielle de ces différentes économies ; la constante sur les trois pays est la bonne résistance du secteur public et des services publics.
Ainsi, la France s’en sort mieux grâce à l’importance de sa dépense publique et de sa position de champion mondial sur les marchés des services publics (énergie, assainissement…), des secteurs qui sont toujours en pleine phase d’investissements. La consommation étant restée bonne, la distribution n’a pas trop souffert et continue d’investir.
De plus, ces trois pays sont protégés par leur taille, par leur niveau d’excellence sur certains métiers, par leur R&D, mais aussi par le fait qu’ils sont les pays d’origine de grandes sociétés multinationales, qui souvent vont plus désinvestir à l’étranger que sur leur sol national. Reste maintenant à savoir qui sortira le plus rapidement de la crise… Les mêmes raisons qui ont protégé la France de la crise pourraient être celles qui vont la ralentir lors de la sortie de crise.