Qu’est-ce qui se cache derrière le terme Cloud Computing ? Nuage ou vapeur ? Force est de constater qu’aujourd’hui les directions informatiques ne classent pas le « Buzz Word » de l’année 2008 au top de leurs priorités, et relèguent souvent le Cloud Computing au chapitre de la veille technologique.
À raison ou à tort ? On peut d’autant plus se poser la question que les grands de l’industrie informatique y consacrent à contrario une grande partie de leurs investissements, notamment dans la construction de datacenters capables d’abriter des centaines de milliers de serveurs. Sans compter les efforts de l’industrie du logiciel pour tirer parti de ces infrastructures, et mettre à disposition des environnements orientés infrastructure, développement et logiciels : Infrastructure as a Service (IaaS), Plateforme as a Service (PaaS), Building Blocks de développement et Software as a Service (SaaS).
Ces propositions de « services dans les nuages » sont alléchantes à la fois pour réduire les coûts, mais aussi comme autant d’opportunités d’innovation. Néanmoins, une stratégie qui aurait tendance à tout miser sur le Cloud Computing se trouve confrontée à plusieurs obstacles : comment s’assurer de la bonne maîtrise de ses données stratégiques ? Comment garantir la bonne exécution de ses processus métiers, tout en étant tributaire du réseau et de la variabilité de la bande passante ?
En complément, on constate que les besoins des entreprises sont très variables :
- le monde du Web 2.0 est en quête de montée en charge pour toucher le plus grand nombre. C’est le domaine des plateformes d’e-commerce et de la relation client,
- les moyennes et grandes entreprises cherchent à sous-traiter les fonctions non stratégiques de leur informatique telle que la messagerie, le collaboratif ou encore la communication unifiée,
- quant aux PME, elles sont plus à même de sous-traiter une partie importante de leur IT , à la quête d’une gestion d’entreprise dans les nuages.
Aussi, le Cloud Computing en entreprise impose une cohabitation pragmatique entre des logiciels situés au sein de l’entreprise (qualifiés de « à demeure » ou « On-premises ») et des services hébergés sur Internet (dans les nuages). Selon cette vision qualifiée de « Software + Services », c’est l’entreprise qui contrôle ce qui est du ressort de l’IT interne de ce qui peut être externalisé sur les nuages, sans amputer les exigences de fonctionnement ni la capacité à innover de l’entreprise.

À demeure ? Dans les nuages ? Où placer le curseur ? Décryptons quelques scénarios et fondamentaux du Cloud Computing.
Les fondamentaux du Cloud Computing
Le Cloud Computing consiste à s’appuyer sur des infrastructures externalisées qui bénéficient des facteurs d’échelle liés à Internet. Les ratios « qualité de services - coûts d’hébergement » sont alors propulsés à des niveaux inégalés jusqu’ici, autant pour la haute disponibilité ou la souplesse dans l’allocation de ressources à la demande que pour la modularité dans la tarification généralement indexée sur l’utilisation.
Nous pourrions résumer le Cloud Computing à une option supplémentaire en terme de déploiement, à laquelle il est tout de même nécessaire de se préparer un tant soit peu, nous le verrons par la suite.
Tous les domaines de l’informatique traditionnelle sont concernés par le Cloud Computing : les logiciels, mais aussi l’infrastructure et le développement des applications. On en vient à considérer son système d’informations comme composé de multiples services hébergés tantôt à demeure, tantôt dans les nuages.
Il existe plusieurs façons d’exploiter les datacenters situés dans les nuages. Pour certains acteurs du Cloud Computing, cela consiste essentiellement à consommer des applications en mode mutualisé (SaaS). Pour d’autres, il s’agit d’utiliser les mêmes fonctions d’infrastructure que sur le système d’informations. Enfin, rappelons qu’il est aussi possible d’héberger ses applications, grâce à des plateformes dans les nuages (PaaS ou encore Cloud Platforms) qui disposent des mêmes fondamentaux que les plateformes de l’IT traditionnelle :
- les fondations comprennent un système d’exploitation et les modules techniques qui supportent l’exécution de l’application,
- des services d’infrastructure tels que la messagerie, le collaboratif, le stockage, la sécurité, les bus de services, la synchronisation... Ceux-ci sont qualifiés d’Infrastructure as a Service (IaaS).
- des services applicatifs : ceux-ci sont moins génériques que les services d’infrastructure (recherche, cartographie, gestion d’alertes, CRM ou encore des services verticalisés). Le SaaS entre dans cette dernière catégorie.

L’interopérabilité entre ces services apporte de la flexibilité aux entreprises qui pourront choisir d’utiliser des applications en ligne (mode SaaS), ou bien opteront pour des services externalisés venant ainsi compléter les applications installées à demeure (nous proposons par la suite des scénarios Web TV et d’archivage dans cet esprit).
Selon la vision « Software + Services », il s’agit de tirer pleinement parti des modèles à demeure et dans les nuages. Ainsi, le Cloud Computing n’est pas vu comme une rupture, mais plutôt comme une continuité, où l’entreprise garde la liberté de déployer tantôt à demeure tantôt dans les nuages ; et ce, pour tout ou partie des services utilisés par ses applications. Le schéma « plateformes à demeure et dans les nuages » illustre cette synergie possible.
Cette vision n’est pas partagée par tous les acteurs du Cloud Computing : ceux qui n’ont pas la culture du système d’informations des entreprises auront tendance à restreindre leur proposition à des solutions pur Cloud de type Software as a Service (SaaS) ou Plateforme as a Service (PaaS).
Quelques scénarios candidats au Cloud Computing
De par ses multiples dimensions (infrastructure, développement et plate-forme) mais aussi ses enjeux organisationnels, le Cloud Computing relève d’une réflexion globale au niveau de l’entreprise. Cette réflexion ne se matérialise pas sous la forme d’un projet global de type Cloud Computing mais plutôt sous forme de multiples projets candidats au Cloud Computing pour lesquels tout ou partie de la solution technique mettra en oeuvre des services dans les nuages. L’examen de quelques cas illustre clairement cette approche.
À la frontière du système d’informations, de sorte à rester peu intrusif, envisageons la réalisation d’une application innovante basée sur la plateforme de services Live permettant de capter de nouveaux clients au travers de services familiers du grand public (cartographie, messenger, expérience utilisateur riche). Cette application serait couplée à une application de gestion de la relation client de type SaaS. Ce type de projet pourra être réalisé sans effort structurel sur le système d’informations.
- Dans ce premier scénario, le Cloud Computing apporte une réponse tactique à de nouveaux enjeux métier et à fort potentiel de croissance. En proposant des infrastructures prêtes à l’emploi et extensibles (on parle d’élasticité), la solution se distingue par rapport aux contraintes de l’IT traditionnelle notamment sur les aspects réactivité de la mise en oeuvre et capacité à montée en charge. Points sur lesquels les directions informatiques sont régulièrement challengées.
- De plus, signalons qu’une fois le concept démontré, l’entreprise reste libre d’investir pour réintégrer l’application à l’intérieur de ses frontières. Sur ce point, il faudra bien s’assurer au préalable que le fournisseur de la solution mette à disposition une Plateforme ouverte ! D’ailleurs, si la Plateforme dans les nuages propose une architecture identique à celle disponible à demeure, cela représentera un gain de temps dans le portage depuis les nuages vers l’entreprise. Ainsi, il doit être possible aussi bien de s’élever de la « demeure » vers les nuages que l’inverse.
Pour aller un peu plus loin dans l’intégration du système d’informations et du Cloud Computing, penchons-nous sur les applications de diffusion des vidéos en entreprise, projet que l’on trouve généralement en entreprise sous le nom de « Web TV ». Il s’agit de partager des vidéos à destination d’employés internes (formation, documentation technique, gestion de la connaissance…). La difficulté de ce type de projet réside dans la capacité de l’entreprise à mettre en place une infrastructure de diffusion de vidéos en ligne suffisamment performante. En effet, le budget qu’une organisation peut allouer pour ce type de projet - qui pour être important n’est pour autant pas critique ni au coeur du métier - est fréquemment sans commune mesure avec les investissements requis en bande passante et infrastructure technique (notamment les nécessaires serveurs chargés de réaliser le streaming vidéo en temps réel). La solution qui pourra être retenue ici serait d’héberger les vidéos sur une infrastructure de streaming dans les nuages et de proposer une application métier de visualisation sous forme de chaîne thématique, et dont l’accès aux vidéos serait protégé selon les droits affectés à l’annuaire local de l’entreprise. Voici un scénario applicatif qui était rejeté jusqu’ici pour des raisons de coûts de mise en oeuvre et que le Cloud Computing rend possible. C’est l’une des promesses du Cloud Computing : autoriser des scénarios jusqu’alors irréalisables pour des raisons de coûts, grâce à l’utilisation d’infrastructures externalisées et spécialisées.
- En complément des aspects coûts, arrêtons-nous quelques instants sur les aspects de montée en charge. En confiant le streaming et le stockage des vidéos à une infrastructure dans les nuages, l’IT interne de l’entreprise se décharge de la problématique de dimensionnement serveur (capacity planning). Enfin, le mandataire du projet peut être victime de son succès sans craindre une baisse de la qualité de services. Dans cet esprit, les applications gourmandes en ressources telles que la diffusion de vidéo et l’archivage de données font d’excellents candidats au Cloud Computing.
Pour poursuivre notre itinéraire vers le Cloud Computing, penchons-nous sur les services d’infrastructures de type messagerie, collaboratif et communication unifiée. Pour des raisons de criticité, de sécurité et de gouvernance, certaines entreprises continueront à héberger ces services à demeure. À l’opposé, il se trouve d’autres clients qui préfèreraient déléguer la gestion de certains services d’infrastructure auprès de partenaires ou encore chez l’éditeur de ces produits. Enfin, d’autres entreprises font le choix de maintenir une solution à demeure pour un type d’utilisateur et de la compléter par une solution dans les nuages pour une population déterminée telle que des utilisateurs nomades ou des filiales par exemple.
- Pour répondre à ces demandes hétérogènes, Microsoft a choisi de poursuivre ses investissements sur les solutions à demeure Exchange, SharePoint et Unified Communications tout en proposant un hébergement dans les nuages des mêmes produits. En complément de la délégation de gestion, les services « Business Productivity Online » apportent une flexibilité accrue en terme d’utilisateurs grâce au recours à des datacenters aux capacités élastiques. Et tout a été entrepris pour rendre ce scénario fiable et adapté à l’entreprise. Les investissements : plusieurs milliards de dollars pour bâtir des infrastructures telles que Quincy ou Dublin qui sont des références en termes de capacité (plusieurs centaines de milliers de serveurs), d’innovation, de green computing. Par ailleurs, un socle de gestion d’infrastructure reposant sur les principes de virtualisation a été généralisé au niveau de ces datacenters pour assurer un provisioning et un management adaptés à ces giga-infrastructures mutualisées. Enfin, une console d’administration est mise à disposition des équipes IT internes de l’entreprise client qui conservent ainsi un contrôle direct sur l’activité des services hébergés, et gèrent notamment les accès des utilisateurs à ces services d’infrastructure.
Enfin, l’externalisation de services inhérente au Cloud Computing nécessite de définir ou remettre à plat les niveaux de qualité de services attendus. Ce ratio [qualité / services rendus] constitue bien un préalable à la mise en place d’une relation contractuelle avec ses fournisseurs dans les nuages. Parce que le Cloud Computing apporte de la flexibilité au niveau de l’utilisation des services, on retrouve cette même flexibilité au niveau de la facturation avec des paiements à l’utilisation ou à l’utilisateur - plutôt qu’au serveur ou au processeur comme c’est le cas pour l’informatique « à demeure ».
Si la contractualisation des relations et le paiement apportent des garanties en terme de qualité de services et de confidentialité de données, il peut aussi être intéressant d’étudier pour certaines populations d’autres formes de financement, telles que la publicité comme le proposent les plateformes Google AdSense et Microsoft Digital Advertising.
Préparer son SI au Cloud Computing
Le système d’information reste étanche. Depuis l’avènement du web, l’ouverture du système d’information s’est généralement limitée à la mise en place d’un accès Internet pour les employés, d’une Plateforme web institutionnelle et de canaux de communication vers quelques clients et partenaires. On est donc loin d’un système d’informations qui consommerait et exposerait communément des services depuis et vers les nuages.
L’ère du Cloud Computing amène à ouvrir progressivement les portes du système d’informations ; et ce, de façon maîtrisée. Dans le cas de la vision « Software + Services », il s’agit bien de laisser le choix à l’entreprise de positionner le curseur plus ou moins loin dans l’ouverture du système d’information.
Étant donnée la criticité des applications, la confidentialité des données et la sécurité des accès aux applications, on comprend combien il est nécessaire d’anticiper cette ouverture du système d’informations. Parmi les chantiers prioritaires, je vous invite à lancer dès à présent des réflexions concernant la fédération des identités, les patterns de développement (latence, synchronisation, géographie…) ainsi que les outils de contrôle (flux échangés, respect des règles de gouvernance…).
Du point de vue de l’entreprise, plus ces aspects techniques seront masqués par des abstractions, plus l’adoption du Cloud Computing sera aisée. Il s’agit donc d’étendre les concepts de la programmation traditionnelle et du déploiement d’applications à demeure pour capitaliser sur les équipes et ressources logicielles de l’entreprise. Le Graal consistera à pouvoir fusionner les univers « à demeure » et « dans les nuages » au travers des mêmes paradigmes, les outils de développement et de gestion d’infrastructure s’intégrant à ceux de l’IT traditionnelle.
En bref…
Le Cloud Computing doit être vu comme une nouvelle option de déploiement qui apporte plus de souplesse et de réactivité tout en tirant parti des usages du Web 2.0, auxquels sont familiers les internautes. De ce point de vue, le Cloud Computing est une brique essentielle pour les projets web innovants tournés vers les clients et partenaires de l’entreprise.
Par ailleurs, la diminution des coûts liés au facteur d’échelle de l’internet permettent de répondre grâce au Cloud Computing à des scénarios qui, jusqu’alors, n’étaient tout simplement pas finançables : streaming vidéo (tout le monde peut monter sa Web TV ), capacités de stockage (des capacités d’archivage quasiment sans limite) et montée en charge (je peux enfin être victime de mon succès !).
La confidentialité des données et l’accessibilité des réseaux demeurent le point d’achoppement à la généralisation du Cloud Computing. Et même si les évolutions technologiques et organisationnelles nous permettront de tirer de plus en plus parti de ces infrastructures externalisées, nous nous trouvons face à une technologie qui devra cohabiter avec celle plus traditionnelle des applications à demeure, dans une vision « Software + Services ».
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